Accords de Shanghai : comment la Guinée a négocié ce tournant historique pour Simandou

C’est une anecdote encore méconnue des négociations autour du mégaprojet de Simandou : celle d’une délégation guinéenne masquée, en visite officielle à Shanghai alors que la plupart des gouvernements gardaient encore leurs frontières fermées. En pleine incertitude post-Covid, la Guinée a choisi l’audace. Ce déplacement, le premier d’une mission africaine en Chine après la pandémie, allait sceller un tournant historique pour Simandou et pour la place du pays sur l’échiquier géopolitique avec la signature des Accords de Shanghai entre WCS, Baowu Steel et la Guinée.

Dans un climat de repli sur soi et de ralentissement planétaire, Conakry a fait le pari de l’ouverture stratégique. Ce voyage n’était pas un simple geste symbolique, mais une initiative préparée et assumée au plus haut niveau. L’objectif : sécuriser l’Accord de Shanghai, pivot du redémarrage du projet Simandou. En allant chercher la relance sur le terrain, la Guinée envoyait un message limpide à ses partenaires : elle n’attend plus le monde, elle le rejoint à la table des décideurs.

À Shanghai, les négociations ont redéfini les équilibres. D’un côté, les majors historiques (Rio Tinto et Chinalco) et les nouveaux partenaires industriels WCS et Baowu Steel, soucieux de préserver leurs intérêts économiques. De l’autre, une Guinée déterminée à faire respecter la part de l’État dans les mines et les infrastructures. Entre ces pôles, la diplomatie économique guinéenne a déployé une méthode inédite : rigueur juridique, disponibilité technique et souplesse relationnelle.

Cette initiative diplomatique originale s’est doublée d’une vision : faire du Transguinéen non seulement un corridor minier, mais une artère de développement reliant les communautés et les régions. Derrière les chiffres et les signatures, c’est une idée neuve de la coopération africaine qui s’affirmait : celle d’un « non-alignement économique » où la Guinée collabore avec tous, sans dépendre de personne.

L’Accord de Shanghai a ainsi donné naissance à une architecture contractuelle inédite : un partage équilibré entre capitaux et expertises occidentale et asiatique et gouvernance nationale. Pour la première fois, un pays africain négociait d’égal à égal avec les géants miniers, sans intermédiaire ni complexe.

À peine plus de deux ans plus tard, lorsque les convois du Transguinéen ont pour la première fois franchi les 650 km qui séparent les mines du port de Morebayah, la symbolique était évidente. Ce n’était pas seulement le fer guinéen qui atteignait la mer, mais la preuve qu’un pays peut transformer une vision diplomatique en puissance réelle. L’histoire retiendra que Simandou s’est écrit à Conakry, mais a franchi une étape décisive à Shanghai.