Dans un décret lu sur la télévision nationale, lundi 04 Août, le Président de la République de Guinée, Général d’Armée Mamadi Doumbouya, a retiré la concession minière de bauxite, initialement accordée à Global Alumina puis transférée à Global Alumina Corporation.Dans un autre décret, lu le même jour, il a annoncé la création de Nimba Mining Company SA (NMC SA) qui récupère ladite concession pour une durée de 25 ans renouvelable.
Si l’arrivée de Global Alumina (société canadienne) en Guinée avait été saluée, notamment du fait qu’elle promettait une raffinerie d’aluminium dans la zone de Boké, force est de constater que les investisseurs n’ont pas été à la hauteur des attentes . Pourtant, la Guinée, à l’époque, avait tout mis en œuvre pour que Global Alumina s’implante dans la zone dite des Alcolizes afin d’exploiter la bauxite à côté de la CBG (Compagnie des Bauxites de Guinée).
En effet, entre 1999 et 2001, l’arrivée de Global Alumina suscita quelques inquiétudes et oppositions, puisque la zone des Alcolize appartient à la CBG (mais qui jugeait cette bauxite non exploitable). Il a fallu plusieurs campagnes de communication, à travers la presse privée et la presse publique, avec l’appui de l’ONG AIDA de feu Chaïkou Yaya Kanne, pour justifier la nécessité de laisser Global Alumina s’y implanter. On argumentait que Global allait faire ce que n’avait pu réaliser la CBG: installer une raffinerie d’aluminium à Tinguilinta.
Entre missions de communication et pressions sur les autorités politiques de l’époque, Global Alumina réussi à obtenir la concession minière en 2001.
La chute d’un géant aux pieds d’argile
Mais en 2007, Global Alumina céda sa participation majoritaire à BHP Biliton (33,33%), à Mubadala(8,33%) et à Dubaï Aluminium… De 2007 à 2012, tant bien que mal, malgré le crises économiques mondiales, les investisseurs tiennent leurs engagements en faisant des activités à fort impacts environnemental et social dans la zone. Ce qui, du reste, avait été très médiatisé à la suite de visites guidées.N’empêche.
En 2013, Emirates Global Aluminium (fusion entre Mubadala et Dubaï Aluminium) fait main basse sur la totalité des actions de GA pour fonder Global Alumina Corporation (GAC). De fil en aiguille, GAC obtient la signature et la ratification de sa convention par l’Assemblée Nationale, avec un avenant. Un dossier qui, selon les révélations faites par plusieurs médias, sentait de la corruption. Le rêve continua, la construction d’une raffinerie commença. On parla de plus d’un milliard de dollars d’investissements.
De 2015 à 2023, GAC affichait sur son site d’informations mirabolantes. Il s’agit, entre autres, de l’achèvement de la construction de GAC à 75 %. Selon la société, au plus fort des travaux, plus de 4 650 personnes travaillaient sur le chantier de construction, dont 85 % sont des guinéens et 67 % provenaient de la région de Boké.
GAC disait également avoir obtenu le plus grand financement jamais accordé à un projet minier en Guinée : un prêt de 750 millions de dollars accordé par des institutions de financement du développement, des agences de crédit à l’exportation et des banques commerciales internationales. Ce qui devait conduire à l’exploitation du minerai de bauxite au mois d’août 2023.
Mais c’était de la poudre d’alumine aux yeux. L’exploitation de la bauxite se faisait sur place et la transformation en alumine et aluminium se faisaient à s’étranger. Or, la convention de base stipulait que GAC devait construire une raffinerie dans la zone du projet à Boké. Elle a bénéficié de plusieurs avantages fiscaux et douaniers pour la création de ladite raffinerie.
Des réformes salutaires dans le secteur minier guinéen
En 2021, les nouvelles autorités du CNRD, ont multiplié les contacts, négociations, avant d’envoyer une mise en demeure. Le délai étant passé, la Guinée ne pouvait que retirer cette concesssion. Un retrait bien motivé pour non-respect des dispositions du code minier et des engagements de la convention de base, notamment en matière de transformation locale de la bauxite . Vive Nimba Mining Company SA (NMC SA).
Cette nouvelle société anonyme, avec un conseil d’administration, dotée d’une personnalité juridique et d’une autonomie financière, va désormais gérer la concession minière de 690,20 kilomètre carrés.
GAC n’est pas la première. Un processus de réévaluation des conventions minières a été engagé edepuis plusieurs mois par la Guinée, à travers le Ministère des Mines et de la Géologie. Ainsi, les 14 et 17 mai 2025 à travers des décrets lu à la RTG, la Guinée a annoncé la révocation des permis de recherche et d’exploitation de plus de 130 entreprises opérant dans la bauxite, l’or, le diamant, le fer ou encore le graphite.
La Guinée, à travers le Général Mamadi Doumbouya, imprime ainsi sa souverainété sur ses ressources minières. Il n’est plus question qu’une société minière profite de nos biens en étant côtée sur les bourses étrangères sans aucun profit pour les Guinéens.